Ça va être froid

Un nouvel espace s’offre à nous

À partir du 11 Mai, les distances sont modifiées, intégrées ou non dans notre schéma fonctionnel et cognitif. Il ne faut jamais oublier que cet espace là est bien sûr collectif mais aussi individuel, intime et influencé par la culture et l’âge.

Sur le plan politique, prenons-nous tous ces facteurs en compte ? Je ne le pense pas… Alors, c’est à nous, individus de les exprimer et les faire entendre.

Décidément, cela ne s’arrête donc jamais, nous sommes des individus dans un collectif, de la naissance jusqu’àprès notre mort puisque notre souvenir résiste plusieurs générations après nous.

Comment construisons-nous notre espace et quel usage en faisons-nous ? L’évolution de l’homme a été marquée par le développement de la vue et de l’ouïe qui permet notamment le rapport à l’art, et par ailleurs l’odorat, fonction la plus «reptilienne» du cerveau. La perception grâce à ces sens varie selon les cultures et conduit à des ressentis très différents de l’espace et des relations des individus entre eux dans cet espace. Nous façonnons l’espace et c’est lui qui nous façonne. Cette interaction de l’homme au monde débute avant la conception et jusqu’après la mort.

I – La perception de l’espace par les récepteurs «à distance» ( les oreilles, le nez, les yeux )

La qualité de l’audition est multifactorielle et dépend de l’intensité, de la fréquence, de l’espace, de l’attention du sujet et surtout du brouillage très intense dans nos sociétés hyper connectées ( brouillage sonore, conversationnel, visuel associé… ).  L’olfaction est le mode le plus primitif et l’un des plus fondamental de la communication (dans nos sociétés contemporaines, l’utilisation de parfums et es distances augmentées brouillent les cartes d’une communication plus intime).  Désolé pour l’eau de javel et la respiration derrière un masque. 

Le sens de la vue est le dernier qui soit apparu chez l’homme et le plus complexe avec le débit d’information le plus rapide. L’utilisation de la vision centrale ou périphérique est un choix culturel et de circonstance, mais ce sens est en constant apprentissage, adaptation et nécessite un entretien permanent sous peine de perdre une certaine discrimination. Il est très sensible à sa «non ou sous utilisation» et au brouillage associé ( ce qui est fréquent dans notre société addictive d’images ).

II – La perception de l’espace par les récepteurs «immédiats» (muscles, peau, muqueuses, oreille interne… )

Certains aspects de la personnalité liés à l’activité visuelle, tactile, thermique, kinesthésique, peuvent voir leur développement inhibé ou au contraire stimulé par l’environnement et l’humain modifie en conséquence cet environnement (exemple typique de l’hôtel impérial de Tokyo imaginé et réalisé par Frank Lloyd Wright ). Le langage corporel et les mimiques représentent un mode de communication majeur.

III – La perception de l’espace éclairée par l’art.

Ah, ça y est allez-vous dire, on enfonce encore le clou et ils nous emmènent 8 rue de la liberté pour nous montrer leur travail. Eh bien oui ! L’art est une production humaine exclusive ( bien que j’ai écris un article polémique là dessus dans un prochain ouvrage) et il permet de questionner le beau, la norme et les valeurs qui font qu’un humain transgresse et s’enrichit. L’art modèle l’espace et l’espace est adapté à l’art. Alfred Grosser distingue les distances intime, personnelle, sociale et publique et, le rapport de l’homme à l’art se joue dans un espace clos, quel que soit la taille de l’homme, de l’œuvre, ou la position de l’un par rapport à l’autre.

Nous allons le 11 Mai, changer la distance, changer les codes d’interactions, modifier les espaces, adapter nos sens et nos organes… Mais nous allons garder l’esprit critique, le droit de dire non ou ce que l’on pense vraiment. Le droit d’être un humain qui décide d’habiter, de découvrir et de modifier cet espace. Je vous prie de m’excuser, je dois m’éloigner un chouia afin de remettre mon masque pour éternuer librement sans générer la peur et l’inquiétude que vous ne me quittiez brutalement, car, comme le dit si bien le philosophe Michaël Foessel, «nous ne sortirons de cette crise touchant autant la sphère publique que l’intime, qu’à condition d’apprendre à conjurer la peur».

Raisonnons la peur pour profiter de notre espace.

Merci pour votre lecture

5 réflexions sur “ Ça va être froid ”

  1. Merci pour ce texte si censé et tellement bien venu!
    Tout y est si juste et si calmement dit, qu’on se prend à rêver que ce virus et ce confinement -aidés de l’analyse que tu nous relates- pourraient avoir la vertu d’éclairer précisément ce qu’il nous reste à faire, à présent.
    Toutes les phases sont bien là, bien séquencées, facilement observables et reconnaissables. « Toute ressemblance.. .. n’est pas fortuite »!
    En désossant ce chapelet d’effets immanquablement reproduits, que met en avant une connaissance claire de l’histoire, tu nous donnes de nous dispenser d’une partie du travail qui nous incombe, quant à la « sortie de crise ».
    Alors « Merci » pour ce socle de réflexion qui devrait nous éviter de tomber dans les écueils entrevus, et contribuer à penser intelligemment « la suite »!

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