café la nuit de Margaux Polizzano suivi des crevettes roses

Café la nuit…

terrasse

Margaux, à partir des photos que je lui confie, se met dans le contexte de l’époque et imagine ce qui a bien pu se passer. Le résultat est surprenant, jugez plutôt, son texte colle parfaitement  :

« Cela fait maintenant quelques jours, ou plutôt quelques soirs que je viens peindre ce café. La nuit il est plutôt animé, quelques rôdeurs viennent y trouver un endroit où dormir. D’ailleurs, il m’est arrivé quelque chose de plutôt drôle il y a de cela deux ou trois jours je ne sais plus. Un buveur est venu me causer, vociférant tout et n’importe quoi. Mais ce que j’ai surtout retenu c’est qu’il n’arrêtait pas de répéter : «Dans un siècle presque exactement, tout aura changé, le café s’appellera La Nuit, il sera peint en jaune à cause de votre tableau, et les japonais seront là, à l’admirer».

Je ne sais pas comment cet homme avait deviné mon amour pour le Japon, quel compliment pour moi si je venais un jour à être admiré par les japonais ! Je ne sais pas non plus pourquoi il me promet un bel avenir artistique -justement- mais qui sait ?

Cela me réjouit, même si ce ne sont sûrement que des paroles de fou. »

FRISE SIMPLE VERTE

« Been here a couple of days or rather some nights, I came to paint this coffee bar. By night it is smoothly animated, some tramps come to find a place to sleep.
Something happened to me … Something funny, two or three days ago , I don’t know exactly. A drinker came to speak to me, shouting out anything and everything. But what I especially remembered, it is that he did not stop repeating : «  In a century, almost exactly everything will be completely changed. The coffee bar will be called « La Nuit »  (the Night), it will be painted in yellow because of your painting board and japanese will be there to admire it » 

I don’t know how this man had guessed my love for Japan, what a compliment to me if one day, in the event of my admiration by japanese people ! I don’t know either why he keeps promising to me a bright artistic future – exactly- but who knows ? That please me, even if these are probably words of an old fool. »

FRISE SIMPLE VERTE

Les crevettes roses sur un papier rose

crevettes

Hâtivement, il entre chez un marchand de vieille ferraille et tableaux à huile bon marché. Pauvre artiste ! Tu as donné une parcelle de ton âme en peignant cette toile que tu viens vendre. C’est une nature morte des crevettes roses sur un papier rose.

« – Pouvez vous me donner pour cette toile un peu d’argent pour m’aider à payer mon loyer ?

– mon dieu mon ami, la clientèle devient difficile, elle me demande des Millets bon marché et votre peinture n’est pas très gaie. Enfin, on dit que vous avez du talent et je veux faire quelque chose pour vous. Tenez voilà cent sous. »

Et la pièce ronde tinte sur le comptoir. Vincent prend la pièce sans murmure remercie le marchand et sort. Arrivé près de son logis, une pauvresse sourit au peintre désirant sa clientèle.

La belle main blanche du peintre sort du paletot. Sa pièce de 5 francs devient la propriété de la malheureuse. Rapidement, comme honteux de sa charité, il s’enfuit, l’estomac creux.

 D’après un texte de Paul Gauguin

peinture-arles-galleryToute ressemblance avec des faits ayant existé est fortuite sauf le magasin Magnan qui se trouvait bien dans la Rue Gambetta. Les photos sont réalisées avec des prises de vues d’aujourd’hui. J’ai inséré des personnages de vieilles cartes postales. Le tableau est une composition à ma façon après une balade sur le marché du côté des poissonniers mercredi dernier.

FRISE SIMPLE VERTE

Pink shrimps

Vincent rushes into a shop selling iron scraps and pictures of all kinds ar a cheap price.

Poor artist! you have given part of your soul selling this painting. It is a still life with pink shrimps on a pink piece of paper.

« – Can you give me some money to pay my rent? »

– Good heavens my friend, buyers are getting scarce, they ask me for cheap Millets and your painting is not what I would call cheerfull. Well, they say you are gifted and I’d like to do something for you. Here, I give ten cents for it.

The coin tinkles on the counter. Van Gogh grabs it without a word, thanks the man and goes out.
As he reaches his lodgings, a poor woman smiles at him offering her services.

The painter’s handsome white hand emerges from his coat, his 5francs coin passes onto the poor wretched’s hand.

As if ashamed of his charitable act he flies away with an empty stomach.

from a text by Paul Gauguin

© 2015 Anne Eliayan – Toute reproduction interdite – Tous droits réservés.

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