Papeterie Arlésienne

C’est encore Jean-Marc qui a conduit mes pas jusqu’aux anciennes papeteries. Je n’ai pas réussi à rentrer dans l’usine.
FRISE SIMPLE VERTE
« Quand des gamins, pénétrant dans l’usine désaffectée, briseront à coups de cailloux les vitrages des sheds, les éclats tomberont au sol. Nous marcherons sur ces débris.
Ainsi ne restera-t-il alors de ce qui fut le monde ouvrier que quelques bribes.
L’usine, l’atelier étaient le château d’une caste abolie.
Cet espace est protégé de hauts murs, une haute clôture, qui forme une membrane qui le détache de la ville.
Il y est relié par un seul orifice, à la perméabilité strictement encadrée, sous le regard d’un gardien.
Y entrent les ouvriers prenant leur poste, en sortent d’autres hommes bleus (vêtements, sous-vêtements, Mobylette, Gauloises).
Par là on ramène la paye à la maison, on fait entrer le grand fils.

papeteries etienne
À l’intérieur, cathédrale autant que château, les bâtiments s’étendent, hors des normes des humains desservants : trop grands, trop hauts, trop modernes, trop chers.
Chacun, à son poste, ne connaît que sa part de liturgie, son rôle dans le rite. Le grand dessein, indiscernable ou confus, échappe à ceux qui l’accomplissent.
Et pourtant, ces hommes sont fiers de ce qu’ils ont produit,savent comprendre ce que le collectif doit à l’individu, et – peut-être pour la dernière fois de notre Histoire – ce que l’individu doit au collectif.
Qui pourrait mieux le dire qu’une plaque de cuivre gravée, posée au-dessus d’une boîte aux lettres, qui proclame, après un prénom puis un nom, comme un titre de noblesse : papetier ? »

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Publié le lundi 02 février 2015

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